Production

Faire des propositions sur les conditions de production dans le spectacle vivant.

Communiqué27 mai 2025

Demande de révision des critères DRAC Équipes artistiques

Nous, acteurs et actrices du paysage du spectacle vivant, tenons à alerter publiquement sur la situation catastrophique dans laquelle se trouvent aujourd’hui les équipes artistiques du spectacle vivant public. Nous demandons au ministère de la Culture une révision immédiate et significative des critères d’accès à l’aide au projet et au conventionnement pluriannuel.

Plus que jamais, dans un contexte de tensions sociales, économiques et politiques, le rôle du service public de l’art et de la culture est essentiel : faire société, cultiver le vivre ensemble, défendre des valeurs sociétales et favoriser la création d’œuvres d’art et de l’esprit qui enrichissent notre démocratie. Or, ces valeurs sont aujourd’hui gravement mises à mal.

Le secteur du spectacle vivant public est attaqué de toutes parts : financièrement bien sûr, avec des coupes budgétaires massives, et l’érosion permanente des soldes artistiques disponibles du fait de l’inflation, mais aussi idéologiquement, par une remise en cause profonde du sens même du service public de la culture.

Au niveau étatique, la politique d’aides publiques aux équipes artistiques est désormais hors-sol par rapport aux réalités du terrain et à la crise que connaît actuellement le secteur (cf. étude LAPAS 2024 qui faisait apparaître une baisse moyenne de la diffusion de 33% entre les saisons 23/24 et 24/25).

Depuis la réforme de 2022, les critères d’éligibilité aux aides du ministère sont devenus inatteignables pour une majorité de compagnies : 25 représentations sur 2 ans et 70 sur 3 ans pour la danse, 20 représentations sur 2 ans et 70 sur 3 ans pour la musique ou encore 50 représentations sur 2 ans et 90 sur 3 ans pour le théâtre dans deux régions minimum, 80 représentations pour le cirque, les arts de la rue et les DOM.. Ce sont des objectifs très difficilement réalisables, surtout dans un contexte de raréfaction des moyens de production et de diffusion et l'apparition d’un nouveau critère concernant la coproduction.

Les dispositifs dérogatoires, censés offrir une certaine souplesse, ne relèvent plus aujourd’hui que de l’exception. Ils sont devenus une norme implicite, introduisant unevéritable inégalité entre les équipes artistiques, en fonction du positionnement individuel de leur conseiller ou de la politique menée par la DRAC dont elles dépendent - des politiques qui peuvent varier du tout au tout selon les territoires. Il n’est pas acceptable que l’avenir des équipes artistiques et de leurs salarié·es dépendent de critères aussi opaques et variables.

Les conséquences sont déjà visibles et alarmantes : pour l’année 2025, diminution de 22% des demandes de convention théâtre et arts associés pour la DRAC Île-de-France. De nombreuses équipes renoncent d’avance, par autocensure, à formuler une demande, conscientes qu’elles ne rempliront pas les critères exigés. C’est un plan de licenciement massif, à la fois visible et invisible, qui est en train de se mettre en place dans un silence assourdissant.

Par ailleurs, les politiques publiques actuelles semblent vouloir remplacer le soutien structurant du ministère par une logique de guichet ou de marché. Certaines aides,comme le Fonds de Soutien à la production de la DGCA, sont attribuées sans critères lisibles.

Enfin, le Fonpeps insuffisamment doté en 2025, est mis en cause dans son volume budgétaire pour 2026 alors même qu’il a pris son rythme de croisière.
Nous assistons de façon accélérée à l'immense précarisation des artistes et techniciens, déjà très fragiles. D'autant que les budgets consacrés à l'éducation artistique et culturelle, source d'emploi pour les artistes, sont aussi en diminution significative.

Nous demandons donc solennellement au ministère de la Culture :

  • Une révision immédiate à la baisse des critères d’accès des différentes aides au projet et au conventionnement pluriannuel.
  • Une prise en compte du volume d’emploi rémunéré sur les répétitions et les dates de représentations plutôt que la nature du contrat qui lie les compagnies aux structures.
  • Une réaffirmation forte du rôle du service public de la culture, garant d’un accès équitable à la création et à la diffusion sur tout le territoire.
  • La défense du Fonpeps dans le cadre de sa renégociation, en garantissant son volume à hauteur de 60 millions d’euros en 2026.

Il y a urgence. Nous attendons des décisions politiques courageuses permettant au service public de l’art et de la culture de remplir pleinement ses missions.

Communiqué8 mars 2025

Lettre ouverte au Syndeac et à ses adhérents · Réponse à la Charte des bonnes pratiques du SYNDEAC

Nous adressons la lettre ouverte ci-jointe au Syndeac et à ses adhérents en réaction à leur publication récente d'une "Charte de bonnes pratiques professionnelles entre lieux et équipes artistiques".

Au-delà de notre réponse, ce texte du Syndeac est aussi le signal que face à la crise, les grandes manœuvres sont lancées. Cette "Charte" vient rater son objectif d'apaiser des relations.
Elle est au contraire symptomatique d'une vision : les équipes artistiques ne sont que des sous-traitants à qui on veut imposer les conditions économiques de leur existence : tant dans leurs conditions de production des spectacles que dans les conditions de cession.
Personne ne doit se faire d'illusion. Même si nous appelons simplement au bon sens, certains essaieront de nous faire payer ce crime de lèse-majesté qui est de contredire les puissants. Si les compagnies veulent se faire entendre, il faut qu'elles s'unissent. Et, même si nous le regrettons, toutes les organisations du spectacle vivant ne partagent pas la même vision.
Nous le démontrons une nouvelle fois par ce texte : être un syndicat de producteurs, être un syndicat de compagnies, nous fait porter une parole singulière : celle de "ceux qui font". Et cette parole s'oppose bien souvent à celle de "ceux qui ont".

Nous sommes 250 adhérents au SCC, compagnies, bureaux de production et structures soutenant une vision où les compagnies sont les pierres angulaires de la création et qu'il est plus que temps qu'elles soient mises au cœur des politiques publiques du spectacle vivant.
Nous avons besoin que dans ces grandes batailles qui commencent, chaque équipe qui partage cette vision vienne soutenir le collectif en nous rejoignant.

Nous sommes 250. Il doit y avoir en France au moins 10 000 compagnies. Il nous faut construire le rapport de force.

Rappelons une évidence : le public vient voir vos créations, vos spectacles. Personne ne vient visiter les murs du théâtre. Le sens, ce sont les équipes artistiques qui le portent.
Les lieux sont nécessaires. Qu'ils aient des moyens pour que les salarié·es qui y travaillent aient des conditions de rémunération et de travail décentes est normal. Mais à aucun moment, cela ne peut se faire aux dépens de celles et ceux qui portent la création.

Nous l'affirmons et le répétons : nous ne sommes pas la "marge" artistique. Nous sommes le cœur.

Nous le disons aux équipes qui ne sont pas encore avec nous : venez nous aider à faire entendre cette voix.

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