Le SCC lance l'Observatoire de la création : rendre lisible l'argent public de la création artistique

Résumé

Le Syndiat des Cirques et Compagnies de Création (SCC) ouvre au public l'Observatoire de la création, un site qui rend lisibles les crédits que l'État consacre à la création artistique : par esthétique, par label, par région, par type d'aide, par dispositif, et structure par structure. Construit à partir des données ouvertes du ministère de la Culture, l'outil couvre 4,13 milliards d'euros d'aides versées entre 2019 et 2025 à l'ensemble du spectacle vivant : compagnies, lieux, festivals, réseaux et établissements labellisés. Il est accessible librement à l'adresse observatoire.compagnies.org.

Le SCC lance l'Observatoire de la création : rendre lisible l'argent public de la création artistique

Une donnée publique, mais illisible

Depuis 2017, la loi impose aux administrations de publier les données essentielles de leurs subventions. Le ministère de la Culture s'y conforme : chaque aide du programme 131 « Création » figure dans un fichier ouvert. Mais un fichier de plusieurs dizaines de milliers de lignes ne dit rien à qui n'a pas les moyens de le traiter. Qui reçoit l'argent public de la création ? Combien, dans quelle esthétique, sur quel territoire, et comment cela évolue-t-il ? Ces questions traversent chaque négociation, chaque commission, chaque conseil d'administration du secteur, sans que les réponses soient à portée de main.

L'Observatoire de la création part de cette donnée brute et la rend lisible. Chaque euro engagé est rattaché à une structure identifiée, à un dispositif, à une esthétique, à une région de versement et à une année. Le tout se consulte en quelques clics, sans compétence technique, avec les précautions de lecture qui s'imposent.

Ce que l'on y trouve

  • Une vue d'ensemble. En 2025, l'État a engagé 592 millions d'euros au titre de la création, pour 6 874 aides versées à 4 818 structures. La structure « typique » reçoit 17 000 euros dans l'année, loin de la moyenne tirée par les grands opérateurs.
  • Les crédits par esthétique. Théâtre, musique, danse, cirque, arts de la rue, marionnettes, arts visuels, pluridisciplinaire : pour chaque discipline, l'évolution annuelle des crédits, les structures aidées, la moyenne et la médiane par structure.
  • Les labels nationaux. Les treize labels du ministère (scènes nationales, centres dramatiques, centres chorégraphiques, pôles nationaux cirque, centres nationaux des arts de la rue et de l'espace public, etc.) : crédits engagés année par année, médiane par lieu, liste et carte des lieux labellisés.
  • Une lecture par région. Une carte des crédits engagés selon la région de versement, année par année, et une comparaison des régions au national sur l'aide médiane, la dynamique du parc conventionné ou la densité de compagnies soutenues.
  • Les types d'aide et les dispositifs. Conventionnements, aides au projet, soutien aux lieux, festivals, résidences, structuration professionnelle : chaque dispositif avec ses bénéficiaires annuels.
  • Des focus thématiques. Compagnies conventionnées, aides à la création, trajectoires des structures, concentration des crédits, parité dans les directions artistiques.
  • Une fiche par structure. Pour chaque compagnie, lieu, festival ou réseau, le détail des aides reçues année par année, avec le dispositif et la direction régionale qui les a versées.
  • Un second programme budgétaire. Le programme 361 « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture », restreint aux structures du spectacle vivant, pour lire l'éducation artistique et culturelle en regard de la création.
  • Les premières aides régionales. Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie, consultées séparément de celles de l'État : leurs périmètres ne sont pas comparables et l'observatoire refuse de les additionner.

Ce que l'outil révèle déjà

L'Observatoire ne se contente pas de publier des chiffres. Il met en évidence des mouvements de fond que le secteur perçoit sans toujours pouvoir les démontrer.

  • Des montants gelés. En 2025, près de trois compagnies conventionnées sur quatre (71,9 %) ont reçu un montant strictement identique à celui de l'année précédente, soit une érosion réelle au rythme de l'inflation.
  • Une aide au projet qui ne circule pas. L'aide au projet, porte d'entrée vers le soutien de l'État, garde un ticket médian de 10 000 euros depuis sept ans. Six structures aidées sur dix ne le sont qu'une seule année.
  • Des territoires inégaux. Les écarts régionaux de l'aide médiane au conventionnement atteignent plusieurs dizaines de points par rapport au reste de la France, sans qu'aucun classement unique ne résume les situations : chaque région a son profil.
  • Une forte concentration. Un dixième des structures bénéficiaires reçoit plus des trois quarts des crédits du programme 131.

Chacun de ces constats se vérifie sur le site, avec ses sources, ses précautions de lecture et ses limites.

Une méthode ouverte

L'Observatoire s'appuie exclusivement sur des données publiques : les données essentielles des conventions de subvention publiées par le ministère de la Culture, le répertoire SIRENE de l'INSEE, l'indice des prix à la consommation pour les conversions en euros constants, le registre des licences d'entrepreneur de spectacles, ainsi que l'annuaire des compagnies tenu par le SCC pour qualifier les esthétiques et les directions artistiques.

La méthodologie est publiée dans son intégralité. Chaque total est rapproché du fichier source à l'euro près, chaque évolution est accompagnée des ruptures de périmètre qui pourraient la fausser, et aucune donnée n'est publiée en dessous des seuils de confidentialité.

Un outil pour tout le secteur

L'Observatoire s'adresse à l'ensemble du spectacle vivant. Aux équipes artistiques, aux lieux, aux festivals et aux réseaux, qui peuvent situer leur parcours au regard de leur esthétique et de leur territoire. Aux organisations professionnelles et aux partenaires sociaux, qui disposent d'une base commune pour la négociation. Aux services de l'État, aux collectivités et aux élus, qui y trouvent une lecture territoriale des crédits. Aux journalistes et aux chercheurs, pour qui l'accès à la donnée brute était jusqu'ici un obstacle.

« L'argent public de la création est une donnée publique. Nous avons voulu qu'elle devienne une donnée lisible, pour tout le monde et pas seulement pour ceux qui savent lire un fichier de quarante mille lignes. La transparence sert les compagnies, les lieux, les financeurs et le débat démocratique sur la place de la création. »

Et demain : les Régions, puis toutes les collectivités

L'État n'est pas le seul financeur de la création. Les Régions, les Départements et les Villes y consacrent des sommes considérables, dont la lecture d'ensemble n'existe nulle part. La loi leur impose pourtant la même transparence : depuis la loi pour une République numérique de 2016, toute collectivité de plus de 3 500 habitants doit rendre accessibles, dans un standard ouvert, les données essentielles de chaque subvention supérieure à 23 000 euros (article 10 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000, décret n° 2017-779 du 5 mai 2017). Plus largement, l'article L. 312-1-1 du code des relations entre le public et l'administration oblige ces mêmes collectivités et toute administration d'au moins cinquante agents à publier en ligne les bases de données qu'elles produisent et les données présentant un intérêt économique ou social.

L'Observatoire a vocation à intégrer, au fur et à mesure de leur publication, les aides de l'ensemble des Régions, puis celles des Départements et des Villes. Deux Régions y figurent déjà. Le SCC invite les collectivités à publier leurs données dans le standard prévu par la loi, et se tient à leur disposition pour les y aider.

Informations pratiques

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